Le Monde de Nalya

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14 janvier 2008

L'approche fonctionnaliste des médias

La problématique fonctionnaliste, qui se développe à partir des années 40, vise à montrer que les médias n’exercent pas nécessairement et systématiquement des effets puissants comme l’affirment les recherches qui dominent à cette époque, telles que celles de Lasswell (Propaganda techniques in the World War), Carl Hovland ou encore Tchakhotine (Viol des foules par la propagande politique).

C’est l’époque où prédomine le modèle dit de la " seringue hypodermique ". C’est à dire qu’à l’image de la piqûre, les informations sont diffusées (ou inoculées) sans qu’on ne voit la propagande qu’elles véhiculent, sans qu’on ne questionne leur relatives véracités, sans qu’on ne remette en cause leurs origines (notamment le fait que ces informations émanent du pouvoir étatique et sont inféodées aux instances dirigeantes qu’elles soient économiques, politiques ou encore religieuses).

Remettant en cause cette linéarité de la diffusion et de la réception, les fonctionnalistes critiquent ce modèle statique. Modèle qui fait de l’individu et/ou du groupe une entité non réflexive, incapable de critiquer l’information reçue mais aussi et surtout un ensemble d’individus pensant tous de la même manière. Politiquement cette perspective théorique est intéressante. Elle considère qu’il convient uniquement de contrôler l’émission du message pour instaurer un véritable ordre de pensée social et politique sans que l’on puisse en changer.

On ne parle plus tant d’effets de manipulation mais plutôt d’autonomie et de rationalité, de liberté. On s’interroge sur les usages plutôt que sur l’impact et les effets. Le problème central se déplace de la manipulation vers la séduction.

L’opinion se formerait ainsi à partir d’un intérêt ou d’une réflexion personnelle mais aussi au travers d’autres réflexions menées dans le cadre de cercles restreints (famille, amis) ou de cercles élargis (collègues, médias). Chacun se forge-t-il sa propre opinion ? Ya-t-il des leaders (et dans ce cas il convient de s’adresser à eux en particulier) ? Quel rapport existe-il entre l’individu et la communauté dans laquelle il évolue...

Ils sont ainsi appelés "empirico" pour leur démarche empirique reposant sur des enquêtes quantitatives développant la démarche statistique naissante. "Fonctionnalistes" ensuite, car leurs recherches ont pour but principal de régler les dysfonctions sociales et sont le plus souvent "au service" de ceux qui les financent. En ce sens, le fonctionnalisme s’inscrit dans une rationalisation de résolution des problèmes et l’adaptation du message pour réduire les distorsions qui existent entre son émission et sa réception.

Il s'agit donc de réussir à dresser des schèmes d’interprétation de ces messages pour mieux orienter les stratégies de "communication " en fonction des personnes à qui on s’adresse, mais aussi en fonction des médias qui diffusent l’information.

En schématisant, on peut résumer les différences de perspectives entre béhaviorisme et fonctionnalisme par le tableau suivant :

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Dans le cadre de cet élan fonctionnaliste des années 40, un certain nombre d’auteurs ont élaboré diverses énumérations des fonctions de la communication ou des médias.

Harold Lasswell propose en 1948, de distinguer 3 fonctions essentielles de la communication :

  • la surveillance de l’environnement  (rassembler et traiter des informations que la société doit connaître sur les besoins, les menaces, les perspectives auxquelles elle doit faire      face).
  • la mise en relation (corrélation) des composantes de la société dans leurs réactions face à l’environnement   (interprétation de l’information et recommandations face aux événements rapportés, notamment organisation du pouvoir, des responsabilités, des lois).
  • la transmission de l’héritage social (savoirs et valeurs) d’une génération à l’autre, des anciens aux nouveaux membres du groupe (socialisation).

 Merton et Lazarsfeld, tout en distinguant :

Ø fonctions : adaptations contribuant à la stabilité du système

Ø dysfonctions : adaptations perturbant la stabilité du système

… Ajoutent la fonction de divertissement.

Charles Wright, recommande de renoncer à vouloir classer tous les effets possibles en termes de fonctions et dysfonctions et résume l’approche fonctionnaliste de la communication par un schéma en 4 niveaux :

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Il reprend à Lasswell les quatre niveaux initiaux (le 4ème a été ajouté par Lazarsfeld et Merton)

A ces premières fonctions s’ajoutent 2 conditions :

  •  manifestes : lorsqu’un message entraîne les résultats attendus
  •  latentes : lorsque les effets divergent de ceux initialement prévus.

+ A ces niveaux, Charles Wright ajoute 4 catégories sociales.

Il apparaît clairement que les fonctions définies par ces auteurs ne correspondent pas à des catégories hermétiques et mutuellement exclusives, mais qu’elles sont imbriquées, interdépendantes ou complémentaires.

Toutefois au-delà de son caractère opérationnel, cette démarche fonctionnaliste trouve bien vite ses limites car elle réifie le social selon deux pôles structurellement opposés, pôles qui ne sous-tendent aucun caractère réel mais sont imposés à priori par les chercheurs.
Ce courant sera largement critiqué par une autre école de pensée : l’école de Francfort et Adorno en particulier qui travaillera pendant un temps avec Lazarsfeld...

Sources : Article sur le fonctionnalisme de Vincent Rouzé; HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002

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