Le Monde de Nalya

Actualité du monde du livre et de l'éducation. Conseils et adresses pour préparer le CAPES documentation et le concours de bibliothécaire territorial.

27 janvier 2010

Réflexion : best-seller en bibliothèques

Pour ceux qui n'auraient pas été informé de la nouvelle, selon le palmarès annuel établi par Ipsos et révélé dans le magazine Livres Hebdo paru vendredi 22 janvier, les quatre volumes de Twilight de Stephenie Meyer occupent les trois premières places, ainsi que la cinquième position du classement des cinquante livres les mieux vendus en France en 2009.

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Une collègue bibliothécaire a souhaité s'exprimer sur cet état de fait, je vous livre donc ici de façon brute sa réflexion :

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Le classement  établi par Ipsos pour Livres Hebdo pour l’année 2009 me laisse pantoise : Twilight, Twilight, Twilight et encore et toujours Twilight dans le Top 50 avec un peloton de tête remporté haut la main. Tentation, Fascination et Hésitation n’ont pas seulement gagné les écrans français, ils sont littéralement les Best-Sellers livres de cette année. Un tel phénomène et un tel succès m’ont interpellé et je me suis dit « après tout, pourquoi pas, essayons Stephenie ! ». Voici le résultat : j’ai expédié le tome 1, parcouru le tome 2 et me suis fait raconter les tomes 3 et 4, juste pour savoir la fin. Et j’en suis ressortie passablement déçue : « quoi ? c’est ça le roman que tout le monde adoOre ? mais c’est larmoyant, minaudant et écoeurant au possible ! ». Bon j’avoue, j’ai pris une version traduite et il est possible que la version française ne parvienne pas à retranscrire la subtilité des sentiments amoureux entre Bella(tre) et Edward. Ma seconde théorie est que je ne suis pas le mouvement : définitivement has-been, je suis en passe de devenir une bibliothécaire élitiste qui ne sait pas reconnaître un chef-d’œuvre et a préféré le désespoir des Heures souterraines de Delphine de Vigan à la passion contrariée et fantasque de ces ados hors-normes.

J’écarte vivement cette idée (non, je ne peux pas être démodée à 24 ans à peine) et essaie de comprendre pourquoi cette saga provoque non seulement des émois chez les éditeurs, mais aussi chez les bibliothécaires qui sont submergés de réservations. Elargissons cette interrogation aux best-sellers en général pour aboutir à cette interrogation fondamentale qui fait blanchir les cheveux des bibliothécaires : y-aurait-il une adéquation entre le fait de vendre un nombre important de livres et la qualité littéraire du contenu ? Assurément non. Mais les statistiques sont là : cette littérature fait exploser les ventes. Il est évident que ce raz de marée vampiresque provient d’un engouement populaire auprès de lecteurs qui n’aiment pas forcément lire. Faut-il s’en réjouir ? Bien sûr ! Même si cela peut être considéré comme mauvais et pas forcément très intéressant d’un point de vue littéraire, ces livres sont une formidable opportunité de ramener des lecteurs en bibliothèque, de les plonger (quelques instants) dans les livres. Il ne faut pas être dupe : une fois la mode des vampires passée, ces livres seront laissés dans un coin, abandonnés après de bons et loyaux services (regardez les Harry Potter ! ils dorment tranquillement sur les étagères de ma bibliothèque et attendent patiemment qu’on daigne leur jeter un regard). Je crois que c’est à nous, bibliothécaires, de savoir capter l’attention de ces lecteurs passagers en leur proposant des livres qui correspondent à leurs attentes Aïe. C’est là que le bât blesse. C’est beau sur le papier. C’est beaucoup moins évident à mettre en place dans la réalité. Car qu’est-ce-qui plaît aux lecteurs ? Que faire face à ces jeunes qui ne VEULENT pas lire, qui rejettent systématiquement tout ce qu’on leur propose et qui se résignent à toucher un bouquin, uniquement pour se figer dans un moule et suivre le mouvement ? Face à ce moment transitoire, comment pérenniser une pratique ? Créer un club lecteurs ? Proposer aux jeunes de participer aux acquisitions ? Sillonner les classes en faisant la pub de ma bibliothèque ? Je bouillonne d’idées mais je doute de leur efficacité. Je n’ai pas encore trouvé de réponses à ces questions mais j’espère bien qu’un jour ma quête se terminera. Entre prescription et médiation, entre céder aux appels des sirènes et diversifier son offre, dur dur de trouver le juste équilibre qui satisfasse tout le monde. En attendant, je me contente d’aller sur Electre et de remplir mon panier en jetant un coup d’œil sur les dernières suggestions d’achats laissées par les lecteurs : « tiens, Le Symbole Perdu de Dan Brown…Ahah déjà dans mes rayons, emprunté et en attente de réservation.  » Sans commentaire.

http://www.wikio.fr
Posté par Nalya à 11:44 - Lectures - Commentaires [2] - Permalien [#]

  • ^_^

    même avis...rien à ajouter [jap]

    Posté par : Constantinople
    Le 27 janvier 2010 à 12:26
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  • Dans mon CDI (collège), je me suis rendu compte qu'il n'y avait pas de cahier de suggestions, et que tous les achats étaient dictés par le programme et les professeurs.... je viens d'acheter des Foot 2 rue pour les mauvais lecteurs de 6ème et les UPI, des mangas, Tara Duncan et Silverwing.... les élèves sont ravis !

    Posté par : gambadou
    Le 28 janvier 2010 à 08:55
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