08 avril 2008
R. Escarpit
Nouveau portrait sur Savoirscdi, celui de Robert Escarpit.
Bonne lecture :)
26 janvier 2008
Neumann et la spirale du silence
Je souhaitais faire un billet sur Elisabeth Noelle-Neumann, sociologue allemande, et sa théorie sur la spirale du silence (1974) qui montre l'influence de l'opinion publique sur chaque personne pouvant les conduire, lorsqu'elles se sentent en position minoritaire, à garder leurs opinions pour eux par crainte de l'isoloment.
Mais en faisant quelques recherches sur la question, je me suis apperçue que je ne pourrais pas être plus claire et concise que cet article. Je tiens à préciser que je ne sais pas réellement ce qu'est ce site, ni qui est l'auteur, mais au moins la théorie à le mérite d'être bien expliquée et ses avantages et limites soulevés.
23 janvier 2008
Roman JAKOBSON et le langage
Roman Ossipovich Jakobson (1896-1982) fut un penseur russe qui
devint l'un des linguistes les plus influents du XXe siècle en posant les
premières pierres du développement de l'analyse structurelle du langage, de la
poésie et de l'art.
- la fonction « expressive » ou émotive qui traduit les émotions de celui qui parle
- la fonction « conative » qui a pour but d’agir sur le destinataire (en donnant un ordre par ex)
- la fonction « phatique » qui vise à établir ou à maintenir un contact (ex « Allô ! » au téléphone)
- la fonction « métalinguistique » qui consiste à réguler son propre discours (« je voulais dire que », « voila ce que je pense »…)
- la fonction « poétique » qui vise à rechercher des effets de style
- la fonction « référentielle » qui consiste à transmettre une information.
Son schéma de la communication :
- Référent : ce dont parle le langage (le monde, ma représentation du monde).
- Émetteur : celui qui parle.
- Destinataire ou récepteur : celui qui reçoit le message.
- Message : le message lui-même.
- Code : c'est l'instrument utilisé pour délivrer le message (la langue).
Sources : La communication : état des savoirs, coord. par Philippe Cabin, Auxerre : Éd. Sciences humaines, 1998 ; Wikipédia, EtudesLittéraires ; schéma.
17 janvier 2008
Ecole de Palo Alto
Présentation : il s’agit d’un groupe de chercheurs d’origines scientifiques diverses qui, a un moment donné de leur activité, ont travaillé à Palo Alto, petite ville de la banlieue de San Francisco. Aussi appelé "Collège Invisible" parce que regroupant des idées et théories, plus que des individus installés dans la ville. Cette école s’inspire de la systémique pour élaborer une théorie de la communication différente de celle présentée par les ingénieurs Shannon et Weaver : ils développent une approche pragmatique de la communication.
→ Ce groupe de chercheurs se veut innovant et, avec entre autres Gregory Bateson, Jay Haley, et Don Jackson, Paul Watzlawick va faire de cette Ecole de Palo Alto une référence dans les domaines des théories de la communication, de la psychothérapie et de la thérapie familiale.
- Le premier autour de Bateson et de sa théorie de la communication (« double-bind ») en lien avec la cybernétique, les méthodes de Milton Erickson et les diagnostiques brillants de Don Jackson, entre 1952 et 1962.
- Le second groupe avec la création du MRI (Mental Research Institut) en 1959 par Jackson, l’arrivée de Watzlawick en 1962 et ses travaux sur l’homéostasie familiale.
→ L’idée fédératrice de ces différents auteurs est que tout élément communique et entre en relation avec la totalité à laquelle il appartient.
Anthropologue d’origine anglaise, Bateson parcourt le monde dans le cadre de recherches en biologie.
En 1951, il publia, avec le psychiatre Jurgen Ruesch un livre intitulé Communication : The social matrix of psychiatry dans lequel il développait plusieurs concepts qui constituaient autant d’ébauches d’un tournant majeur dans l’appréhension des phénomènes de communication.
- L’idée centrale de l’ouvrage consiste à concevoir la communication comme la matrice dans laquelle sont enchâssées toutes les activités humaines.
- Aussi, il élargit le champ de la communication à tous les processus par lesquels les individus s’influencent mutuellement.
- Et distingue 4 niveaux de communication : intrapersonnel (avec soi-même), interpersonnel (entre deux personnes), groupal (entre plusieurs personnes) et culturel (entre de nombreux individus).
→ Composition du groupe : Bateson, de jeunes chercheurs tels que John Weakland, Jay Haley, William Fry ; et deux hommes clés : Donald D. Jackson qui rejoint le groupe lors du départ de Fry (1954) et Milton Erickson qui, sans faire partie du groupe, l’influence par son charisme et ses méthodes.
Pour eux, « Le paradoxe est un modèle de communication qui mène à la double contrainte ». C’est cette situation qu’ils trouvèrent dans les familles de schizophrènes sans conclure cependant qu’il s’agissait d’une causalité linéaire vers la maladie mentale.
La théorie affirme l'existence de relations conflictuelles entre le malade psychotique et son entourage, le dernier donnant au premier des ordres absurdes et impossibles à exécuter (en résumé caricatural: je te donne l'ordre de me désobéir, sinon...). Ces ordres impossibles à respecter étant, forcément, toujours suivis de sanctions, ils entraîneraient ainsi l'apparition de la psychose.
Autre ex : C’est le cas lorsque l’on vous dit "soyez naturel". Car on vous invite à "être" ce que précisément la même invitation empêche : d’être naturel.
Jackson, qui a toujours été intéressé par les applications pratiques du projet fonde en 1959 le Mental Research Institute (MRI), constituant le second groupe de Palo Alto.
Dès 1960, il fut rejoint par Paul Watzalawick, psychiatre d’origine autrichienne.
Leurs travaux s’inscrivaient explicitement dans la foulée des théories du groupe de Bateson, mais il convient de noter que les deux groupes demeurèrent distincts et affichèrent régulièrement leurs divergences.
→ il s’agit d’une perspective empreinte de systémique et cybernétique.
Dans le second chapitre « Propositions pour une axiomatique de la communication » ils énoncent 5 axiomes qui s’inscrivent dans la pragmatique, que l’on a nommé les axiomes de Watzlawick qui sont des propriétés fondamentales de la communication, des sortes de principes fondateurs de la pragmatique de la communication.
1- "On ne peut pas ne pas communiquer."
2- "Toute communication présente deux
aspects : le contenu et la relation, tels que le second englobe le premier
et par suite est une méta-communication."
3- "La nature d’une relation dépend de la
ponctuation des séquences de communication entre les partenaires."
4- "Les êtres humains usent simultanément de
deux modes de communication : digitale et analogique."
5- "Tout échange de communication est symétrique ou complémentaire, selon qu’il se fonde sur l’égalité ou la différence."
Sources : HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002 ; cours "les thérapies systémiques (historique)".
14 janvier 2008
L'approche fonctionnaliste des médias
La problématique fonctionnaliste, qui se développe à partir
des années 40, vise à montrer que les médias n’exercent pas nécessairement et
systématiquement des effets puissants comme l’affirment les recherches qui
dominent à cette époque, telles que celles de Lasswell (Propaganda techniques in the World War), Carl
Hovland ou encore Tchakhotine
(Viol des foules par la propagande politique).
C’est l’époque où prédomine le modèle dit de la " seringue hypodermique ".
C’est à dire qu’à l’image de la piqûre, les informations sont diffusées (ou
inoculées) sans qu’on ne voit la propagande qu’elles véhiculent, sans qu’on ne
questionne leur relatives véracités, sans qu’on ne remette en cause leurs
origines (notamment le fait que ces informations émanent du pouvoir étatique et
sont inféodées aux instances dirigeantes qu’elles soient économiques,
politiques ou encore religieuses).
Remettant en cause cette linéarité de la diffusion et de la
réception, les fonctionnalistes critiquent ce modèle statique. Modèle qui fait
de l’individu et/ou du groupe une entité non réflexive, incapable de critiquer
l’information reçue mais aussi et surtout un ensemble d’individus pensant tous
de la même manière. Politiquement cette perspective théorique est intéressante.
Elle considère qu’il convient uniquement de contrôler l’émission du message
pour instaurer un véritable ordre de pensée social et politique sans que l’on
puisse en changer.
On ne parle plus tant d’effets de manipulation mais plutôt d’autonomie et de rationalité, de
liberté. On s’interroge sur les usages
plutôt que sur l’impact et les effets. Le problème central se déplace de la
manipulation vers la séduction.
L’opinion se formerait ainsi à partir d’un intérêt ou d’une
réflexion personnelle mais aussi au travers d’autres réflexions menées dans le
cadre de cercles restreints (famille, amis) ou de cercles élargis (collègues,
médias). Chacun se forge-t-il sa propre opinion ? Ya-t-il des leaders (et
dans ce cas il convient de s’adresser à eux en particulier) ? Quel rapport
existe-il entre l’individu et la communauté dans laquelle il évolue...
Ils sont ainsi appelés "empirico" pour leur
démarche empirique reposant sur des enquêtes quantitatives développant la démarche
statistique naissante. "Fonctionnalistes" ensuite, car leurs
recherches ont pour but principal de régler les dysfonctions sociales et sont
le plus souvent "au service" de ceux qui les financent. En ce sens,
le fonctionnalisme s’inscrit dans une rationalisation de résolution des
problèmes et l’adaptation du message pour réduire les distorsions qui existent
entre son émission et sa réception.
Il s'agit donc de réussir à dresser des schèmes
d’interprétation de ces messages pour mieux orienter les stratégies de
"communication " en fonction des personnes à qui on s’adresse, mais
aussi en fonction des médias qui diffusent l’information.
En
schématisant, on peut résumer les différences de perspectives entre
béhaviorisme et fonctionnalisme par le tableau suivant :
Dans
le cadre de cet élan fonctionnaliste des années 40, un certain nombre d’auteurs
ont élaboré diverses énumérations des fonctions
de la communication ou des médias.
- la surveillance de l’environnement (rassembler et traiter des informations que la société doit connaître sur
les besoins, les menaces, les perspectives auxquelles elle doit faire
face).
- la mise en relation (corrélation)
des composantes de la société dans leurs réactions face à l’environnement (interprétation de l’information et recommandations face aux événements rapportés, notamment organisation du pouvoir, des responsabilités, des lois).
- la transmission de l’héritage social (savoirs et valeurs) d’une génération à l’autre, des anciens aux nouveaux membres du groupe (socialisation).
Ø fonctions : adaptations contribuant à la
stabilité du système
Ø dysfonctions : adaptations perturbant la
stabilité du système
…
Ajoutent la fonction de divertissement.
→ Il reprend à Lasswell les quatre niveaux initiaux (le 4ème a été ajouté par Lazarsfeld et Merton)
A
ces premières fonctions s’ajoutent 2 conditions :
- manifestes : lorsqu’un message
entraîne les résultats attendus
- latentes : lorsque les effets
divergent de ceux initialement prévus.
+ A ces niveaux, Charles Wright ajoute 4 catégories sociales.
Il apparaît clairement que les fonctions définies par ces auteurs ne correspondent pas à des catégories hermétiques et mutuellement exclusives, mais qu’elles sont imbriquées, interdépendantes ou complémentaires.
Ce courant sera largement
critiqué par une autre école de pensée : l’école de Francfort et Adorno en
particulier qui travaillera pendant un temps avec Lazarsfeld...
Sources : Article sur le fonctionnalisme de Vincent Rouzé; HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002
09 janvier 2008
Shannon- Wiener - Weaver : modèle de la communication
Contexte : la fin des années 1940 est marquée, aux États-Unis, par une activité encore frénétique de l'industrie militaire. Des moyens considérables en homme et en équipement sont déployés avant de favoriser l'effort de guerre. Parmi les préoccupations dominantes, deux vont marquer durablement le développement du champ théorique de la communication et de la diffusion :
- la propagande
- les infrastructures de communication
C'est dans ce second champ qu'il convient de situer les travaux de Claude Shannon.
Présentation : Claude
Shannon (1916-2001) est un chercheur intégré dans les laboratoires de
recherche de Bell à New York, société active de la télégraphie et la
téléphonie ; ingénieur électricien et mathématicien.
Si l'on remonte aux travaux qui
l’inspirèrent, on trouve des noms aussi illustres que Norbert Wiener (qui fut
maître de Shannon au MIT) ou même Albert Einstein qui s'était déjà interrogé
sur la question de la capacité de canal à transporter des messages.
→ L'apport de Shannon est d'avoir
su formaliser les considérations intérieures en intégrant l'ensemble des
paramètres utiles.
Ses travaux constituent un repère
incontournable, le fondement des théories de la communication. D'innombrables
recherches et théorisations se sont inscrites dans le prolongement de
l'opposition avec les perspectives shannoniennes.
Théorie : le système général de la communication.
Émetteur, canal et récepteur = « intermédiaires
techniques »
Bruit = toute source d'interférence susceptible de détériorer le signal est donc d'affecter la communication.
Caractéristiques du schéma : structure
linéaire unidirectionnelle ; la communication est décomposée en étapes, en
séquences de processus qui s’enchaînent.
→ la communication ainsi modélisée
place en tête des préoccupations la lutte contre le bruit, dans le but
d'améliorer la fiabilité de la transmission, et ensuite de pouvoir réduire la
redondance (portions superflues, inutiles parce que répétitives du message) et
ainsi augmenter les capacités et les débits de transmission.
Les apports de Norbert Wiener :
Présentation de N. Wiener : (1894 – 1964) mathématicien
américain, théoricien et chercheur en mathématiques appliquées, il incarne le
père fondateur de la science générale des systèmes mieux connue sous l’appellation
de cybernétique
qu’il définit dans son ouvrage «Cybernetics
or control and communication in the animal and the machine » (1948)
→ Science qui se donne pour objet l’étude des systèmes vivants et non vivants ; la science des régulations au sein des organismes vivants et des machines.
Notre monde est intégralement constitué de systèmes, vivants ou non-vivants, imbriqués et en interaction. Peuvent ainsi être considérés comme des "systèmes": une société, une économie, un réseau d'ordinateurs, une machine, une entreprise, une cellule, un organisme, un cerveau, un individu, un écosystème…
Un système cybernétique peut être
défini comme un ensemble d'éléments en interaction, les interactions entre les
éléments peuvent consister en des échanges de matière, d'énergie, ou
d'information.
Ces échanges constituent une communication, à laquelle les éléments réagissent en changeant d'état ou en modifiant leur action. La communication, le signal, l'information, et la rétroaction sont des notions centrales de la cybernétique et de tous les systèmes, organismes vivants, machines, ou réseaux de machines.
L'approche cybernétique d'un
"système" consiste en une analyse globale des éléments en présence et
surtout de leurs interactions.
→ C’est une révolution, car la communication cesse d’être conçue comme linéaire, mais comme circulaire (boucles) : Emetteur et récepteur interagissent.
- feedback positif : il conduit à accentuer un phénomène (Réactions de B renforcent l’attitude A)
- feedback négatif : régulation, amortit le phénomène (Réactions de B conduisent A à se corriger).
Les apports Warren Weaver :
Présentation : Warren Weaver (1896-1978)
est un mathématicien, philosophe de la communication.
Il a « humanisé » le
schéma purement technique de Shannon.
Modèle présenté dans l’ouvrage « Théories mathématiques de la communication »
(1949) de Shannon et Weaver.
Il complète le schéma de Shannon en
y introduisant un récepteur sémantique entre le récepteur technique (qui
transforme les signaux en message) et le destinataire. Ce récepteur soumet le
message à un second décodage, destiné
à mettre un sens sur les mots reconstitués, à accorder les caractères
sémantiques des messages avec les possibilités sémantiques des destinataires.
De même, Weaver suggère d'insérer entre source et émetteur un paramètre
supplémentaire qualifié de bruit sémantique, rendant compte de phénomènes
de perturbations ou de distorsion de signification.
Bruit sémantique : tout élément susceptible
de perturber le codage, le décodage et le décodage sémantique (fatigue,
distraction, maladie, ivresse, préjugés…)
Ø technique : précision de transmission des symboles de la communication
Ø sémantique : les symboles véhiculent-ils la signification désirée ?
Ø efficacité : influence sur les comportement et attitudes.
Sources : HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002 ; cybernétique, la science des systèmes.
07 janvier 2008
Mc Luhan
Présentation : McLuhan, Herbert Marshall,
théoricien des communications canadien (1911 -1980). Professeur d'anglais
à l'Université de Toronto, McLuhan acquiert une renommée internationale dans
les années 60 pour ses études des effets
des médias sur la pensée et le comportement.
SES CONCEPTS :
Ce sont nos techniques de communication qui déterminent nos modes de perception et de connaissance. À chaque âge son medium, de la parole aux médias électroniques.
- le stade primitif de la société sans écriture, dans lequel l'usage de la parole domine ;
- la « galaxie Gutenberg », où l'imprimerie tromphe et multiplie les informations visuelles mais parcellise l'information et la nature humaine (ce qui entraîne le travail à la chaîne, le nationalisme en politique, etc.) ;
- la « galaxie Marconi » ou ère électronique, qui propose un message simplifié mais global et reconstitue la famille humaine en une seule « tribu mondiale ».
Nous façonnons des outils qui, à leur tour, nous façonnent...
Plus qu'un moyen, le medium est une prothèse de l'œil, de la main, de l'oreille et, au-delà, du système nerveux.
Un « village global » où chacun serait en relation avec chacun. McLuhan en a rêvé; Internet l'a fait !
L'essentiel n'est pas dans le contenu transmis, mais dans le mode de transmission.
En énonçant que le message, c'est le média, il énonce entre autres que le fond (l'important) c'est la forme prise par le média (l'effet de la technologie), ainsi que sa combinaison avec son message.
La distinction entre un média « chaud » et un média « froid » s'appuie sur les effets sensoriels différents qu'ont les médias à haute résolution ou à basse résolution.
Ø Les médias à haute résolution (dits « chauds »), tels que la presse ou la radio, sont riches en information et se prêtent moins à la participation sensorielle du lecteur ou de l'auditeur pour compléter l'information.
Ø Par contre, les médias à basse résolution (dits « froids »), tels que le téléphone ou la télévision, sont relativement pauvres en information et exigent de l'usager une plus grande participation sensorielle.
Sources : Encylopaedia Universalis en ligne; L'encyclopédie libre Wikipédia ; l'Encyclopédie canadienne HISTOR!CA ; cours "théorie de la communication" de JL Michel ; billet du blog "les théories de la communication" ; biographie Mac Luhan sur le site de la bibliothèque et archives du Canada.
M. Mc Combs et D. L. Shaw ou la théorie de l’agenda-setting
Contexte :
• Mc Combs et Shaw analysent également les campagnes électorales dans l’optique de l’influence sur les gens. Ils vont déboucher sur une théorie psychosociologique plus fine en essayant de comprendre les dynamiques à l’œuvre. En terme de recherche au niveau électoral, les Etats-Unis sont un parfait terrain de recherche puisque le système américain est binaire (Démocrates-Républicains).
• Mc Combs et Shaw partent de deux constatations contradictoires :
- Il est faux de dire que les médias influencent directement leur public.
- Il est faut de dire qu’ils ne l’influencent pas.
Ils vont donc aboutir à une théorie développant l’idée que les médias mettent un certain nombre d’information « à l’agenda », à l’ordre du jour. Ils nous disent ce à quoi il faut penser. Cependant, ils ne nous influencent pas directement quant à ce qu’il faut en penser.
• Cette théorie est le fruit de cinq recherches successives : deux de Mc Combs et Shaw et 3 autres.
L'hypothèse de base est la suivante: les médias exercent
un effet considérable sur la formation de l'opinion publique, en attirant
l'attention de l'audience sur certains évènements et en négligeant d'autres.
Les médias définissent ainsi le calendrier des évènements
et la hiérarchie des
sujets qu’il note
dans leur agenda. Ce qui entraine immanquablement que les auditeurs ou les téléspectateurs
le notent aussi et le mémorisent à leur tour. En plus de l'ordre de présentation des nouvelles du
jour (comme le dit Postman), le médiateur va influencer de manière plus voyante
ses auditeurs par son commentaire verbal ou gestuel, par le montage, par les
illustrations visuelles ou sonores qui seront choisies. Le récepteur se trouve
ainsi soumis à une double influence : celle du choix du sujet et celle du
commentaire sur le sujet.
Par conséquent, la fonction des médias n'est pas de dire aux gens ce qu'ils doivent penser mais sur quoi ils doivent porter leur attention. Ils proposent donc l'hypothèse suivante: il existe une relation entre l'ordre hiérarchique des évènements présentés par les médias et la hiérarchie de signification attachée à ces mêmes problèmes de la part du public et des politiciens.
Bilan:
• Il existe bien une influence des médias
sur le public par le biais d’une mise à l’ordre du jour d’un certain nombre de
thèmes.
• L’opinion individuelle n’est pas
déterminée par les médias. C’est un mécanisme complexe qui passe par
l’appartenance sociale et dans laquelle jouent les médias.
• Des chercheurs vont se demander comment
fonctionne la mise à l’agenda, quelle relation existe entre la connaissance
d’un sujet et sa mise à l’agenda. Ils vont montrer que plus on connaît un
sujet, moins on se fait influencer par les médias.
• Du point de vue de cette théorie, la presse n’est pas un miroir de la société mais fonctionne plutôt comme un projecteur. Se pose alors la question de la responsabilité des journalistes et des professionnels de la communication. Bourdieu a étudié ce thème en se demandant ce qui se passe dans le jeu médiatique.
Sources : Cours sur "les théories de la communication" de J.L. Michel ; QSJ "sciences de la communication" 1992.



06 janvier 2008
Modèle de LAZARSFELD et KATZ : two-step flow of communication
Présentation : Paul Felix Lazarsfeld (1901-1976)
est plus particulièrement reconnu pour l'importance de ses travaux sur les effets des médias sur
la société et pour l'utilisation de techniques d'enquêtes pour
la collecte d'information. Il fut membre de la célèbre École
de Frankfort qui regroupa, dans les années
trente, un ensemble d'individus qui eurent, par la suite, une influence
significative sur le développement des sciences sociales en Europe et en
Amérique. Parmi les membres de l'École de Frankfort, on peut mentionner les
noms de Max Horkheimer, de Theodor Adorno, de Paul Lazarsfeld, d'Herbert
Marcuse, d'Erik Fromm et de Kurt Lewin. Plusieurs des membres de cette école
émigrèrent aux États-Unis pour éviter la répression nazie et contribuèrent au
développement du domaine des communications en Amérique du Nord. Ses travaux
portèrent sur l'influence qu'exercent les médias sur la décision des électeurs,
ce qui lui permit de développer sa célèbre «Two-step flow Theory» (1955 – Katz et Lazarsfeld). Il s'intéressa aussi à l'impact de la
radio sur son auditoire. Il fut à la fois un observateur rigoureux de
l'influence croissante des médias sur notre existence et un critique averti de
leurs abus.
Two-step flow
Theory :
Tirant les enseignements de diverses enquêtes réalisées au
cours de campagnes électorales américaines de 1940 et de 1948, Elihu Katz et
Paul Lazarsfeld avaient élaboré, en 1955, une théorie connue sous le nom de
théorie des deux étages de la
communication ou communication en deux temps. Ils montrèrent ainsi, par leur analyse de la campagne
électorale, que l'opinion des citoyens est peu affectée par cette dernière. L'influence des médias s'opère selon un
processus à deux niveaux :
- Les leaders d'opinion (personnes qui, par leur comportement ou leur position, ont une emprise sur leur entourage) filtrent l'information et pèsent sur l'opinion des individus.
- Les
groupes de référence (famille, collectivité de travail...)
→ les informations difusées par les médias étant d'abord
reçues par des leaders d'opinion, ceux-ci les relayant au reste de la
population au cours de conversations interpersonnelles.
L'influence des mass media est ainsi effective lorsqu'elle
est prise en relais par les réseaux de
communication et d'influence personnelle existant au sein des groupes
primaires (famille, petits groupes d'amis ou de collègues).
En effet, les contacts au sein de ces groupes paraissent
avoir sensiblement plus d'influence que les mass media (par exemple à l'égard
des intentions de vote). De plus, dans la mesure où les mass media exercent une
influence, celle-ci requiert l'intermédiaire d'individus : les «leaders d'opinion » qui en vont être à
la fois les agents de transmission et les interprètes.
Or, ces
leaders d'opinion sont plus gros consommateurs de mass media que ceux sur
lesquels ils ont une influence, au moins dans le domaine au sein duquel
s'exerce cette dernière. D'où la thèse d'un two-step flow, d'un flux à deux
paliers de la communication, et, en particulier, de l'influence qui
s'exercerait d'abord des mass media sur les leaders d'opinion, puis de ceux-ci
vers ceux qu'ils influencent. Cette thèse, d'abord énoncée à propos du domaine
de l'action politique et des choix électoraux (cf. The People's Choice, de
Lazarsfeld, Berelson & Gaudet), a par la suite été testée avec succès dans
divers autres domaines (cf. Personal Influence de Katz et de Lazarsfeld).
La première diffusion du message des médias s'effectue de façon verticale en direction des leaders d'opinion. Elle se poursuit à l'intérieur du groupe de manière horizontale, par l'intermédiaire des leaders.
Katz et Lazarsfeld introduisent un niveau de médiation supplémentaire. Les médias touchent les individus directement, mais lorsque ceux-ci rencontrent des difficultés à s'approprier ou interpréter le message, ils se tournent vers leurs groupes d'appartenance. Les messages que délivrent les médias sont donc soumis à la pression des groupements quels qu'ils soient et reflètent en grande partie les opinions et les idéologies préétablies de ces derniers.
-> Au 1er palier, il y a les personnes relativement bien informées parce qu'exposées directement aux médias; au second il y a celles qui fréquentent moins les médias et qui dépendant des autres pour obtenir l'information.
Cette conception marque une rupture complète
avec les modèles classiques (de souche Shannon) et appuie l’idée que la
communication de masse ne réduit pas le public à un ensemble, une masse uniforme et atomisée,
mais qu’au contraire elle s’articule dans un système de relais traditionnels de la communication antérieurs à
l’avènement des médias modernes.
Limites du modèle :
- La communication médiatique n’est
envisagée que sous l’angle de la persuasion.
- Favorise une vision élitiste de la consommation médiatique et du développement des attitudes et opinions.
- Excessivement simplificateur dichotomisant les publics en actifs (leaders, guides) et passifs (followers, suiveurs).
- Fait l’impasse sur l’influence directe que peuvent avoir les médias sur ceux qui sont identifiés comme passifs.
Sources : fiche auteur ; l'Encyclopeadia Universalis en ligne ;HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002 ; cours "les théories de l'information"; article "Quelques théories de l'opinion publique" sur Sciences Humaines ; article "Communication et Société" sur Mémoire onLine ; schéma "two-step flow theory".
Harold Dwight LASSWELL
Harold Dwight Lasswell (1902-1978) : spécialiste étasunien de la
communication de masse et de la science politique. Figure très représentative
de l'école sociologique américaine et un des fondateurs de la psychologie
politique.
Contexte : l’étude des médias se développe
dans les universités et, tout naturellement, les chercheurs s’intéressent
d’abord à la lancinante question de leur « pouvoir » sur l’opinion : pouvoir de
convaincre, de faire voter, de faire acheter… Le tout sur fond
d’interrogations sur la démocratie. La nouvelle discipline qu’on appellera
bientôt media studies tente d’analyser l’expérience de la guerre. Le plus connu
de ses représentants est H.D. Lasswel ldont le travail sur la
propagande Propaganda Technique in th World
War est un classique.
Son
-
« Propaganda Techniques in the Wold War » qui tire les leçons de la guerre 1914 -1918. Les moyens de diffusion sont apparus comme des instruments indispensables à la « gestion gouvernementale des opinions »,
Pour Lasswell, propagande rime dorénavant avec démocratie. La propagande constitue le seul moyen de susciter l'adhésion des masses. Elle peut être utilisée à de bonnes fins comme mauvaises.
Cette division instrumentale consacre une représentation omnipuissante des médias considérés comme outil de « circulation des symboles efficaces ».
L'audience est envisagée cible amorphe qui obéit aveuglément au schéma stimuli-réponse (schéma béhavioriste) : Le public était envisagé comme une masse passive et vulnérable qui subissait des messages (stimuli) construit par des médias puissants et manipulateurs, afin de susciter des attitudes et des comportements (réponses). Le média est supposé agir selon le modèle de « l'aiguille hypodermique », terme forgé par Lasswell pour désigner l'effet ou l'impact direct et indifférencié sur les individus atomisés.
A la fin des années 40 (après la guerre), Lasswell accordera davantage d’autonomie aux récepteurs que dans ses premiers travaux sur la propagande.
-
Selon Harold Lasswell (1948), le champ de la communication peut être défini par les cinq termes de la question : « Qui dit quoi par quel canal à qui et avec quel effet ? » = cadre conceptuel de la sociologie fonctionnaliste des médias. On parle du paradigme des 5Q ou de paradigme des effets, ou encore de question-programme. Cette formule est censée poser toutes les questions pertinentes à propos de la communication de masse.
- Qui ? : correspond à l’analyse de régulation, à l'étude sociologique du ou des milieux et organismes émetteurs (institutions médiatiques, leur organisation, leurs dirigeants, les journalistes…)
- Dit quoi ? : se rapporte au contenu message, aux messages diffusés (émission de radio ou de tv, article de presse…), c’est l'analyse du contenu.
- Par quel média ou canal ? : C'est l'ensemble des techniques utilisées pour diffuser l'information à un instant donné dans une société donnée, c’est l’analyse des médias.
- A qui ? : vise l'auditoire, ou audience. C’est-à-dire les
publics récepteurs avec des analyses selon des variables, c’est l’analyse du public.
- Avec quels effets ? : Il s'agit d'analyser et d'évaluer la nature et les influences du message sur les destinateurs, sur l’audience ; c’est l’analyse des effets.
Lasswell s’intéresse surtout à la propagande politique, si
bien que son paradigme concerne la communication de masse conçue comme un processus de persuasion et d’influence.
On relèvera le caractère linéaire et unidirectionnel de ce
qui demeure, en fait, un dérivé du modèle de Shannon (les spécialités
correspondent aux principaux éléments constitutifs du « système général de
com. »), dont Lasswell comble néanmoins une carence en introduisant la
question des effets.
AVANTAGES : L'intérêt essentiel de ce modèle est de dépasser la simple problématique de la transmission d'un message et d'envisager la communication comme un processus dynamique avec une suite d'étapes ayant chacune leur importance, leur spécificité et leur problématique. Il met aussi l'accent sur la finalité et les effets de la communication.
LES LIMITES : Il s'agit
d'un modèle assez simpliste. Le processus de communication est limité à la
dimension persuasive. La communication est perçue comme une relation
autoritaire. Il y a absence de toute forme de rétroaction, et le contexte
sociologique et psychologique n'est pas pris en compte.
Sources : "Histoire des théories de la communication" Armand et Michèle Mattelart (2004) ; HEINDERYCKX, François. Une introduction aux fondements théoriques de l'étude des médias, Liège, Cefal-Sup, 2002 ; Encyclopaedie Universalis en ligne; Les théories et les modèles de la communication ; article "les dénonciateurs de la propagande".
Surtout n'hésitez pas à me contacter par mail ou par commentaire si vous voyez des erreurs ou si vous souhaiteriez ajouter des éléments essentiels qui m'auraient échappés ;).








